
Ancien champion d’Afrique junior, Amour Ibata Okombi Gédéon nourrit de grandes ambitions pour la suite de sa carrière. Le judoka congolais revient sur ses débuts, ses premiers pas avec les Diables Rouges, son sacre continental, ses ambitions olympiques et son envie de laisser une empreinte durable dans l’histoire du judo congolais. Il évoque également un éventuel affrontement avec le judoka de la RDC, Gédéon Kasota Zibuyu.
franesports (FR) : Amour, comment avez-vous découvert le judo et à quel âge avez-vous commencé ?
Amour Ibata Okombi Gédéon (OG) : J’ai découvert le judo grâce à des amis du quartier. À cette époque, tous les leaders de Kawaishi s’étaient lancés dans le monde professionnel. Certains avaient marqué des pauses et le club n’avait plus d’endroit fixe pour faire évoluer l’école. Une fois installés dans un endroit stable, aux alentours de l’hôpital Jane-Vialle, le grand maître Ngakeni Ondongo Zéphyrin avait lancé un recrutement de jeunes désireux de pratiquer le judo. C’est à ce moment-là que je me suis lancé dans cette discipline.
J’ai commencé le judo à l’âge de 7 ans.

FR : Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir cette discipline plutôt qu’un autre sport ?
OG : En réalité, c’est surtout par suivisme (rires). Je suivais mes amis jusqu’à ce que je me retrouve complètement plongé dans le judo.
FR : Qui ont été vos premiers encadreurs et quel rôle ont-ils joué dans votre progression ?
OG : Avant de parler des fruits, il faut d’abord parler de l’arbre qui m’a fait grandir et qui m’a transmis l’amour nécessaire pour évoluer : Ngakeni Ondongo Zéphyrin. Après lui, viennent ses tout premiers élèves : Patana Godard, Mbouma Brice, Ngoya Ndombi Dongel et Moussoki Louzolo Arnaud. Avec eux, j’ai appris les bases du judo, la discipline et l’amour des aînés envers leurs frères.
Leurs noms seront gravés dans mon cœur pour toujours, car ils ont joué un rôle crucial dans ma vie d’athlète. Par la suite, j’ai évolué avec Moussoki Louzolo Arnaud, Mwazibi Dieu Merci et Ngoya Ndombi Lionel. Avec eux, j’ai appris à me battre et j’ai développé l’envie de combattre. Ils ont fait évoluer mon judo dans tous les domaines. Pour moi, ce sont de grands frères, protecteurs et disciplinés.
FR : À quel moment avez-vous compris que vous pouviez viser le haut niveau ?
OG : C’est lorsque j’ai été battu pour la première fois en championnat. La douleur de cette défaite a réveillé en moi l’esprit d’un loup affamé. J’étais également un grand fan de mon maître, Ngoya Ndombi Lionel, et je voulais devenir comme lui. Mais avec le temps et grâce à certains de ses conseils, j’ai vu plus grand. Je ne voulais plus seulement faire comme lui, mais faire mieux que lui.
FR : Racontez-nous votre première convocation avec les Diables Rouges de judo. Quels souvenirs gardez-vous de vos débuts sur la scène internationale ?
OG : Sous le règne du président de la FECOJUDA, Neyl Francis Assiockara, j’ai intégré l’équipe nationale. J’y ai rencontré un grand monsieur, le DTN André Christopher Wogo, ainsi que de grands judokas de mon pays qui m’ont très bien accueilli. Nous avons ensuite cheminé ensemble sur la scène internationale. Comme pour tout athlète amateur qui découvre le niveau international, représenter son pays pour la première fois n’est pas facile. Ce n’est pas forcément une question de physique, mais surtout de mental. Il y avait le stress, la peur de perdre et celle de décevoir toute une nation.
Ce n’était vraiment pas facile. Grâce à mon entraîneur Napoula Fabrice, j’ai pu surmonter ces difficultés et faire mes premiers pas sur la scène internationale en remportant une médaille d’or.

FR : Comment avez-vous vécu votre premier combat sous les couleurs nationales ?
OG : Mon premier combat sur la scène internationale était très compliqué, mais j’ai réussi à le remporter.
FR : Vous êtes ancien champion d’Afrique junior. Que représente cette médaille d’or dans votre carrière ?
OG : Elle représente une marque dans l’histoire du judo de mon pays. C’est ma première médaille internationale et, jusqu’à présent, ma plus belle. C’est grâce à cette sortie que j’ai vécu de très bons moments à l’extérieur du pays, parmi les plus marquants de ma carrière. L’histoire retiendra qu’Ibata Okombo Amour Gédéon est le premier judoka congolais à remporter une médaille d’or au championnat d’Afrique junior et le premier à avoir décroché une médaille d’or sous le règne du président Neyl Francis Assiockara.
FR : Quel a été le combat le plus difficile durant cette compétition ?
OG : Le combat le plus difficile a été la demi-finale face au Sénégalais Mouhamadou Mboup. C’est un grand judoka sur la scène mondiale, classé numéro 2 africain et numéro 17 mondial.
FR : Selon vous, quelle a été la clé de votre sacre africain ?
OG : Le courage, la discipline et la vision du pouvoir faire.
FR : Cette victoire a-t-elle changé votre statut ou votre regard sur vous-même ?
OG : Oui, elle a changé mon statut. Tout d’abord, l’appellation de champion national s’est transformée en champion international : de champion du Congo, je suis devenu champion d’Afrique. Je suis également devenu plus visible et davantage respecté.
FR : Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs les grandes lignes de votre palmarès ?
OG : La liste est longue, mais je vais retenir les titres et participations les plus marquants :
- Triple champion de Brazzaville : une fois en junior et deux fois en senior ;
- Triple champion du Congo : une fois en junior et deux fois en senior ;
- Champion de la Relance Judo ;
- Champion du deuxième tournoi par équipe de la Gendarmerie ;
- Champion d’Afrique junior ;
- Champion de la Coupe d’Afrique de Yaoundé, catégorie junior ;
- Champion de l’Open de Yaoundé, catégorie senior ;
- Vice-champion au Championnat international des jeunes de la Francophonie ;
- Participation à un stage de haut niveau à Sotchi, en Russie.

FR : Aujourd’hui, vous êtes considéré comme l’un des meilleurs judokas congolais. Comment gérez-vous cette pression ?
OG : En réalité, je ne me considère même pas encore parmi les meilleurs judokas du pays (rires). Je n’ai donc pas vraiment de pression à gérer, car chaque combat représente un nouveau défi. Gagner et perdre font partie du jeu. J’ai beaucoup travaillé pour atteindre ce niveau de performance et je ne compte pas laisser cette place aux autres.
FR : Quels aspects de votre judo ont le plus évolué ces dernières années ?
OG : Je dirais principalement l’aspect physique. Je pense que mes capacités physiques se sont beaucoup développées ces dernières années.
FR : Quels sont vos objectifs à court terme ?
OG : Je vise les grands championnats mondiaux, notamment le titre de champion du monde et les Jeux Olympiques.
FR : Les Jeux Olympiques de 2028 à Los Angeles font-ils partie de vos ambitions ?
OG :Comme je viens de le dire, les Jeux Olympiques font partie de mes objectifs. Pour me qualifier, je dois accumuler des points lors des différents Open internationaux. Mais aujourd’hui, la FECOJUDA est abandonnée à elle-même. J’en profite donc pour lancer un appel au gouvernement afin qu’il nous vienne en aide, pour que nous puissions représenter dignement le drapeau tricolore de notre pays et ainsi ouvrir la porte à nos rêves.
FR : Quel héritage souhaitez-vous laisser au judo congolais ?
OG : Je veux laisser un très grand titre au Congo : être champion olympique.

FR : Si un combat vous était proposé face à Gédéon Kasota Zibuyu de la RDC, accepteriez-vous ce défi ?
OG : De son vrai nom Gédéon Kasota, il évolue dans la catégorie des -81 kg. C’est un judoka performant et très efficace de la République démocratique du Congo. J’aimerais beaucoup l’affronter pour jauger mon niveau et faire revivre les grands moments du judo à tous ceux qui souhaitent voir ce combat. Malheureusement, nous ne faisons pas le même poids. Il est beaucoup plus lourd que moi : il évolue à 81 kg alors que je suis à 66 kg. Ce combat serait donc davantage à son avantage.
FR : Que représenterait pour vous un affrontement Congo – RDC sur le tatami ?
OG : Ce serait un moment d’échange inoubliable dans le parcours des Diables Rouges de cette génération que je considère comme prodigieuse.
FR : Un message pour votre potentiel adversaire ?
OG : Qu’il ne me sous-estime surtout pas. En cas de sous-estimation, je pourrais bien piquer !
FR : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Congolais qui rêvent de devenir champions en judo ?
OG : Je leur conseille de ne jamais cesser de travailler. Ils doivent croire en leur rêve comme si c’était leur seule issue et tout ira bien. Mais ils ne doivent surtout pas négliger leurs études, car un judoka est aussi un cadre. Le judo et l’école sont complémentaires.
FR : Si vous deviez résumer votre parcours en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
OG : Je suis en quête de victoire.
Quiconque s’oppose à ma réussite devra tomber. Je n’ai encore rien fait au judo et le plus grand reste à venir.

